Passer une nuit là-haut, entre chien et loup, quand les crêtes du Jura virent à l’orange et que le Léman s’allume en contrebas, c’est une expérience qui change une randonnée en souvenir. Le bivouac au Pays de Gex est une merveille, à condition de le pratiquer proprement, dans le respect d’une nature protégée. Voici le guide pour le réussir sans faux pas.

Pâturages des Monts Jura, cadre d’un bivouac au Pays de Gex

Bivouac ou camping sauvage : ce n’est pas pareil

La distinction est essentielle. Le camping sauvage, avec installation prolongée, est interdit dans la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura. Le bivouac, lui, se conçoit comme une halte légère et discrète, le temps d’une seule nuit, du coucher au lever du soleil, sans laisser la moindre trace. Il est toléré sous conditions, mais la réglementation peut évoluer et varier selon les secteurs : le premier réflexe est de vous renseigner sur les règles en vigueur avant de partir.

Les règles d’or du bivouac responsable

Un bon bivouac, c’est un bivouac qu’on ne voit pas et qu’on ne devine pas le lendemain.

  • Une seule nuit, monté tard et plié tôt, à la lumière du soir et du matin
  • Aucun feu : le risque incendie sur les crêtes sèches est réel, et c’est interdit
  • Rester à l’écart des zones de quiétude et des sentiers très fréquentés
  • Emporter tous ses déchets, sans exception, y compris organiques
  • Faire ses besoins loin des points d’eau et enterrer proprement
  • Rester silencieux et discret, surtout à la tombée de la nuit quand la faune sort

Le matériel pour une nuit là-haut

Les nuits sur les crêtes sont fraîches, même en plein été, et le vent peut se lever vite. Prévoyez un duvet confortable sous les 10 degrés, une tente légère ou un tarp bien tendu, un matelas isolant, une frontale, et surtout de l’eau en quantité : les sources sont rares et parfois asséchées sur les hauteurs. Un réchaud pour l’eau chaude suffit, puisque le feu est proscrit.

Choisir son coin, lire le ciel

Le bon emplacement est plat, discret, à l’abri du vent, loin des sentiers et des zones sensibles. Avant de vous installer, jetez un œil au ciel : un orage de fin de journée transforme une belle crête en endroit très inconfortable. Partir tôt le matin, viser un point de vue pour le coucher du soleil, et redescendre au petit jour, c’est souvent le meilleur scénario.

Le bivouac ne s’improvise pas, surtout la première fois. Partir accompagné, c’est apprendre les bons gestes, choisir le bon spot et profiter pleinement de la nuit sans stress. C’est ce que je propose avec WhyTrek : découvrez nos activités.

Le feu, et les deux cents mètres que personne ne connaît

C’est la règle que je vois enfreindre le plus souvent, et presque toujours de bonne foi. L’article L131-1 du code forestier défend à toute personne autre que le propriétaire du terrain, ou que ses occupants, de porter ou d’allumer du feu sur ces terrains et jusqu’à deux cents mètres des bois et forêts.

Deux cents mètres, et surtout : porter du feu ne veut pas dire faire un feu de camp. Cela comprend le réchaud, le briquet et la cigarette. Un réchaud à gaz allumé à cent mètres d’une lisière est déjà hors la loi, même posé sur une pierre, même par temps humide.

Ce socle est complété localement par des arrêtés préfectoraux et municipaux, qui peuvent interdire davantage ou imposer une autorisation. Et les massifs forestiers peuvent être fermés entre le 1er juin et le 30 septembre en cas de risque incendie. On a longtemps cru que cela ne concernait que le sud : l’été 2022 a vu la plupart des forêts du massif du Jura concernées. Se renseigner la veille auprès de la préfecture ou du SDIS fait maintenant partie de la préparation, au même titre que la météo.

Depuis 2023, la propriété privée ne se traverse plus comme avant

Jusqu’en 2022, on bénéficiait d’un droit général de circulation sur les propriétés privées non closes, sous réserve de ne commettre aucun dommage. C’est ce qui permettait de traverser un pré ou un bois sans se poser de question.

La loi du 2 février 2023, dite loi sur l’engrillagement, a créé une infraction nouvelle. Lorsque le caractère privé du lieu est matérialisé physiquement, par un panneau par exemple, pénétrer sans autorisation dans une propriété privée rurale ou forestière constitue une contravention de quatrième classe. Cent trente-cinq euros, minorée à quatre-vingt-dix si l’on paie vite, majorée à sept cent cinquante.

Un détail que je retiens, parce qu’il me concerne directement : la majoration peut être justifiée lorsque le groupe est conduit par un accompagnateur en montagne. Ce qui passe chez un promeneur isolé passe moins bien chez un professionnel qui emmène du monde derrière lui. C’est une bonne raison de regarder les panneaux au lieu de passer devant.

Si ces règles vous intéressent au-delà du bivouac, le quiz sur ce que dit la loi quand vous marchez les reprend en trente-deux questions, du chien au feu en passant par les espaces protégés.