Deux petites décisions influencent beaucoup votre GR20 : le sens dans lequel vous le parcourez, et les étapes que vous choisissez d’enchaîner. Elles n’ont l’air de rien sur le papier, mais elles façonnent toute votre traversée, de la fatigue accumulée au plaisir du parcours. Voici comment je les tranche avec les marcheurs que j’accompagne.

Nord-sud : le sens que je recommande

Je conseille de partir du nord, de Calenzana vers Conca, pour deux raisons. D’abord parce que c’est le sens traditionnel, celui que la plupart des randonneurs empruntent, donc celui où vous croiserez le plus de monde et trouverez le plus d’entraide. Ensuite et surtout parce que vous commencez par le tronçon le plus difficile, quand les jambes sont encore fraîches et le moral au plus haut. Le nord est technique, exigeant, parfois vertigineux, et l’attaquer en début de parcours plutôt qu’épuisé après dix jours change tout. Une fois cette première moitié derrière vous, vous éprouvez un vrai soulagement en abordant un sud plus clément.

Il y a aussi la récompense symbolique. À l’arrivée à Conca, on pose fièrement à côté de la célèbre pancarte, avec sa faute d’orthographe restée légendaire sur le mot odyssée, qui annonce environ 180 kilomètres parcourus. En partant du sud, vous n’aurez pas droit à cet honneur, car il n’y a pas de panneau équivalent à Calenzana. Faire le sens sud-nord reste possible, mais cela revient à garder le plus dur pour la fin, quand la fatigue s’est accumulée, et je le déconseille pour une première traversée.

Ne faire que le nord, ou que le sud

Vous manquez de temps ou d’entraînement ? Rien ne vous oblige à tout faire d’un coup. Beaucoup choisissent de ne parcourir que la moitié nord, la plus spectaculaire et la plus technique, ou la moitié sud, plus accessible et plus douce pour les jambes. Le train qui dessert Vizzavona, à mi-parcours, facilite grandement ce découpage : il permet de rejoindre ou de quitter le sentier sans galère de logistique. C’est une excellente porte d’entrée pour découvrir le GR20 sans s’engager sur quinze jours, et une bonne façon de revenir plus tard boucler l’autre moitié.

Comment choisir entre les deux ? Si vous cherchez les décors les plus grandioses, les crêtes, les lacs d’altitude et les passages techniques qui font la réputation du GR20, foncez sur le nord. Si vous préférez une marche plus roulante, des forêts de pins et de hêtres et des dénivelés plus raisonnables, le sud vous conviendra mieux. Dans les deux cas, comptez une bonne semaine pour une demi-traversée menée à un rythme confortable.

Faut-il doubler des étapes ?

En étant sportif et bien entraîné, vous pourrez doubler certaines étapes en maintenant un rythme plus soutenu que celui affiché sur les panneaux. Concrètement, cela veut dire marcher huit à onze heures par jour, en sachant que sur les portions les plus coriaces du nord on n’avance parfois qu’à un kilomètre à l’heure. Doubler, ce n’est donc pas simplement additionner deux étapes, c’est accepter des journées beaucoup plus longues et beaucoup plus dures. Avant de vous lancer, demandez-vous d’abord pourquoi : souvent, le vrai frein n’est pas physique, il est simplement difficile de bloquer quinze jours complets de vacances ou d’assumer le budget de deux semaines en refuge. Si vous avez le temps, prenez-le. Le GR20 se savoure autant qu’il se conquiert.

Concrètement, quelles étapes doubler ?

Si vous devez condenser, voici à quoi ressemble un découpage classique en dix jours. Le principe : garder une étape simple les jours les plus durs, et doubler les étapes courtes. Cela donne le jour un l’étape 1, le jour deux les étapes 2 et 3, le jour trois l’étape 4, le jour quatre les étapes 5 et 6 qui forment la plus grosse journée avec environ 36 kilomètres, le jour cinq les étapes 7 et 8, le jour six l’étape 9, le jour sept l’étape 10, puis les étapes 11 et 12, 13 et 14, et enfin 15 et 16. Ce schéma se resserre encore en huit, sept ou cinq jours pour les plus aguerris, avec des journées qui frôlent parfois les 50 kilomètres. La règle d’or reste la même : doubler là où le terrain roule, jamais là où il grimpe et se corse. Vous retrouverez le détail de ces plannings condensés dans mon ebook.

Mon conseil, au fond, tient en une phrase : choisissez le format qui vous permet de terminer détendu, pas épuisé. Le sens nord-sud pour la logique et la récompense de Conca, une moitié seulement si le temps manque, et le doublage uniquement si vous êtes réellement préparé. Le plus beau GR20 n’est pas le plus rapide, c’est celui qu’on parcourt au bon rythme, le sien.

Pour compléter, voyez quelle préparation selon le nombre de jours et le détail des 16 étapes.