Il est cinq heures du matin à Calenzana. Le village dort encore, l’air frais colle à la peau, et devant moi le sentier file droit vers la montagne. Le GR20 commence toujours de cette façon : un réveil trop tôt, un sac un peu trop lourd sur les épaules, et cette petite boule au ventre qui mêle le doute et l’envie. J’ai arpenté ce tracé assez souvent pour savoir une chose simple : la Corse ne se traverse pas à la légère, elle se mérite. Et c’est précisément pour ça qu’on y revient.

180 kilomètres, ou plutôt 212 selon nos relevés

On résume souvent le GR20 à des chiffres, et ils donnent déjà le vertige. Les guides annoncent environ 180 km entre Calenzana au nord-ouest et Conca au sud-est. Nos propres relevés GPS, effectués par les équipes WhyTrek lors d’une traversée en septembre 2023, affichent 212 km et 13 148 mètres de dénivelé positif sur seize étapes. L’écart en dit long : ici, on marche rarement en ligne droite, et chaque kilomètre se gagne dans les cailloux.

Le sentier se coupe en deux à Vizzavona, à peu près au milieu. Deux ambiances, deux caractères. Le nord est minéral, cassant, taillé pour ceux qui aiment mettre les mains. Le sud s’adoucit, verdit, respire un peu mieux. Beaucoup commencent par le nord pour affronter le plus dur quand les jambes sont fraîches. C’est aussi mon conseil.

Le nord, là où le GR20 montre les dents

C’est dans cette première moitié que la traversée gagne sa réputation. On grimpe dans des chaos de blocs, on franchit les dalles lisses de la Spasimata accroché à une chaîne, on avance parfois autant avec les bras qu’avec les jambes. C’est aussi ici que se trouvait le fameux Cirque de la Solitude, longtemps le passage le plus redouté du parcours. Il a été fermé après le dramatique accident de juin 2015, qui a coûté la vie à sept personnes. Depuis, l’itinéraire officiel passe plus haut, du côté de la Pointe des Éboulis, au pied du Monte Cinto et de ses 2 706 mètres, le toit de la Corse. Le cirque a rouvert de façon non officielle en 2018, mais il n’est ni balisé ni entretenu : ce n’est plus un chemin de randonnée, et je le déconseille sans matériel ni expérience de l’alpinisme.

Ce que je retiens du nord, ce n’est pas la difficulté pour elle-même. C’est la récompense : arriver à un col après des heures d’effort, poser le sac, et voir la mer d’un côté et une enfilade d’aiguilles de l’autre. Ces instants-là, on ne les oublie pas.

Le sud, plus doux mais jamais facile

Passé Vizzavona, le décor change. Les forêts de pins laricio prennent le relais, les bergeries apparaissent, on croise davantage de sources. Autour du Lac de Nino, la plaine et ses canaux d’herbe évoquent presque le Connemara irlandais. Plus bas, à la fin de l’été, les sous-bois de hêtres et de châtaigniers se couvrent de champignons. Et le final, dans le massif de Bavella, offre des aiguilles rougeoyantes posées là comme un cadeau. Attention toutefois au piège classique : croire que la seconde moitié est une formalité. Les journées restent longues et la fatigue accumulée pèse dans les mollets.

Quand partir, et comment s’y préparer

La fenêtre est courte : de la mi-juin à la mi-septembre, une fois la neige partie des passages nord. Juillet et août sont les plus fréquentés, avec des refuges pleins. Juin et septembre offrent plus de calme, mais un temps plus incertain. Un chiffre remet les idées en place : chaque année, sur environ 20 000 personnes qui se lancent, la moitié seulement termine. Les abandons viennent presque toujours du même trio : manque de préparation, blessures, ou manque de temps sur le parcours.

Trois points font la différence. La préparation physique d’abord, avec des sorties longues et du dénivelé sous le sac, des mois à l’avance. La logistique ensuite : les refuges, gérés par le Parc naturel régional de Corse, se réservent à l’avance, surtout en haute saison. L’eau et la météo enfin : on part tôt, on remplit les gourdes à chaque source fiable, et on surveille le ciel, car ici un orage se lève vite et transforme une dalle en patinoire.

Le faire accompagné, ou en autonomie ?

Beaucoup se lancent seuls, et c’est une expérience magnifique. Mais je vois aussi, chaque année, des marcheurs solides renoncer non pas par manque de jambes, mais par manque de repères : un itinéraire mal lu, une météo mal anticipée, un rythme mal dosé sur les premiers jours. Partir accompagné, c’est déléguer cette charge mentale, lever les yeux et profiter pendant que quelqu’un lit la montagne, ajuste les étapes et veille sur le groupe. C’est tout le sens de ce que je propose avec WhyTrek.

Pour préparer votre GR20, nos guides détaillés