Ce sont les questions qui reviennent le plus souvent avant un GR20 : est-ce dangereux, peut-on le faire seul, est-ce vraiment le sentier le plus difficile d’Europe ? Après avoir accompagné de nombreux marcheurs sur cette traversée, voici des réponses honnêtes, sans dramatiser ni minimiser. Le GR20 n’est pas un sentier à prendre à la légère, mais il n’a rien d’inaccessible pour qui se prépare et reste lucide.
Le GR20 seul, est-ce risqué ?
Beaucoup hésitent à partir seuls, par peur de la montagne ou par simple angoisse de la solitude. Je comprends l’appréhension, mais je rassure souvent sur ce point : marcher en solitaire sur le GR20 est une expérience incroyablement enrichissante et libératrice, qui vous reconnecte à la nature et à vous-même comme peu d’autres. Et dans les faits, de fin juin à début septembre, vous ne serez jamais seul bien longtemps. Des milliers de randonneurs arpentent le sentier au même moment : on se croise aux cols, on se retrouve le soir au refuge, et la plupart sont désireux de partager un bout de chemin ou une conversation. La solitude choisie, oui ; l’isolement, rarement.
Cela dit, vivre le GR20 à plusieurs a un atout que le solo n’aura jamais : le soutien dans les moments de doute. Face à la difficulté, être épaulé quand la motivation flanche change tout, surtout au milieu d’un orage corse qui vous tombe dessus sur une crête. Seul ou accompagné, le mot d’ordre reste le même : ne laissez pas la peur vous retenir, mais ne sous-estimez jamais la montagne.
Est-il vraiment le plus difficile d’Europe ?
Le GR20 traîne une réputation de sentier le plus difficile d’Europe. C’est un vrai défi, mais soyons justes : dans de bonnes conditions, il n’est guère plus difficile qu’un Tour du Mont-Blanc, qu’un GR10 dans les Pyrénées ou que n’importe quelle grande randonnée alpine. Ce qui le rend exigeant, ce n’est pas une seule chose, c’est l’addition : des conditions météo très changeantes, le risque de blessure sur un terrain qui ne pardonne pas l’inattention, la baisse de motivation quand les jambes lâchent ou qu’un compagnon abandonne, l’accumulation de nuits courtes entre les ronfleurs du dortoir et les éléments qui secouent la tente, les petits maux du quotidien, et un fléau que personne n’évoque assez : les puces de lit, bien présentes dans certains refuges et gîtes.
Sur le terrain, ce sont les étapes du nord qui impressionnent le plus. Elles sont intenses et techniques, avec des passages qui demandent des gestes d’escalade en niveau facile, sans danger quand on est attentif, mais qui peuvent surprendre par temps humide, lorsque les dalles deviennent glissantes. Sur la quatrième étape notamment, il faut accepter un peu de vide, et c’est souvent là qu’être en groupe aide à dépasser l’appréhension. Les étapes du sud sont techniquement plus douces, mais plus longues, et la fatigue accumulée au nord s’y rappelle à vous : c’est le moment de garder toute votre lucidité.
Rester prudent, même par beau temps
Même sous un grand ciel bleu, le GR20 se respecte. La première règle tient en une image : flânerie, étourderie et éboulis forment le trio parfait pour transformer un beau paysage en mauvaise chute. On surveille en permanence où l’on pose les pieds, quitte à s’arrêter net pour lever les yeux et profiter de la vue. La deuxième règle concerne les orages, particulièrement violents en fin de saison : en août, ils éclatent souvent en milieu d’après-midi, alors je conseille de partir tôt et d’arriver au refuge avant quinze heures, pour ne pas se retrouver sous la grêle et les éclairs sur une crête. Avant chaque départ, prenez le réflexe de vous renseigner auprès du gardien du refuge sur la météo annoncée et les éventuelles alertes incendie. Enfin, si l’altitude vous coupe le souffle, ne forcez pas : ralentissez le rythme et multipliez les pauses, votre corps s’ajustera.
Pourquoi partir accompagné change tout
Un chiffre remet les idées en place : chaque année, sur environ 20 000 personnes qui se lancent, la moitié seulement termine. Les abandons viennent presque toujours d’un manque de préparation, de blessures ou d’un manque de temps, rarement d’un manque de jambes. C’est exactement là qu’un accompagnateur fait la différence : déléguer la lecture de la météo, le dosage du rythme, le choix de doubler ou non une étape et toute la logistique, c’est retirer de vos épaules ce qui fait basculer la plupart des renoncements. Sur les passages qui impressionnent, comme le vide de l’étape 4, être guidé et rassuré aide à passer sans se crisper. Et quand le corps réclame une pause, un accompagnateur saura vous dire qu’une journée de repos vaut mieux qu’un abandon. Partir accompagné, ce n’est pas se priver de l’aventure, c’est mettre toutes les chances de son côté pour la vivre jusqu’au bout. Pour aller plus loin, voyez quand partir et comment vous préparer.
