Derrière le GR20, il y a une histoire, une réputation immense et pas mal d’idées reçues. Chaque été, des milliers de randonneurs s’élancent sur ce sentier devenu mythique, attirés autant par sa légende que par ses paysages. Trois questions reviennent tout le temps quand on prépare cette traversée : d’où vient ce nom un peu mystérieux, mérite-t-il son titre de plus beau sentier d’Europe, et est-il vraiment le plus difficile ? Voici mes réponses, sans mythe ni fausse modestie.

Pourquoi GR20 ?

Le sigle GR signifie simplement Grande Randonnée, ces itinéraires balisés de blanc et de rouge qui quadrillent la France. Le sentier corse porte un nom d’origine bien plus poétique, Fra Li Monti, qui veut dire à travers la montagne, et c’est exactement ce qu’il fait : il traverse l’île de part en part par les crêtes. Mais pourquoi le 20 ? La réponse tient à une vieille logique administrative. Au XVIIIe siècle, en France, les départements étaient numérotés dans l’ordre alphabétique, et 20 était l’ancien numéro de la Corse. En 1976, ce 20 a laissé place au 2A pour la Corse-du-Sud et au 2B pour la Haute-Corse. Or le sentier avait été ouvert aux randonneurs sur toute sa longueur un an plus tôt, en 1975. Le nom GR20 était déjà lancé, il est resté, comme une petite trace de l’histoire de l’île figée dans deux chiffres.

Aujourd’hui, le sentier est géré et entretenu par le Parc naturel régional de Corse, qui veille sur ses refuges et son balisage. C’est lui que l’on contacte pour toute question sur les réservations ou l’état du parcours, et c’est en partie grâce à ce travail de terrain que le GR20 reste praticable malgré un relief qui le met à rude épreuve chaque année.

Le plus beau sentier d’Europe ?

Sans aucun doute, c’est un parcours magnifique : les montagnes corses sont époustouflantes, et peu de sentiers offrent ce contraste entre la mer que l’on aperçoit au loin et la haute montagne que l’on foule. Mais affirmer que c’est le plus beau sentier d’Europe reste parfaitement subjectif. D’expérience, les montagnes du Jura, les calanques de Marseille ou les crêtes de Savoie, pour ne rester qu’en France, offrent aussi des sentiers à couper le souffle. Ce qui est sûr, c’est que le GR20 se mérite, et que sa beauté se savoure d’autant mieux qu’on lui laisse le temps. En onze jours ou plus, vous prenez le temps de vous baigner dans les vasques, de goûter la gastronomie des bergeries et de savourer la chaleur des habitants. En sept jours ou moins, la performance prend le pas, et il devient plus difficile de profiter vraiment du paysage.

Nord et sud : deux visages

Une partie de la fascination vient de ce que le GR20 change complètement de visage en cours de route. Le nord est minéral, brut, presque vertical : des aiguilles de granit, des dalles, des passages où l’on s’aide des mains, un décor parfois lunaire autour du Monte Cinto, point culminant de l’île. Le sud, lui, s’adoucit en forêts de pins et de hêtres, en croupes herbeuses et en bergeries où l’on souffle. Et au détour du parcours, des tableaux inattendus : les aiguilles déchiquetées de Bavella, les vasques couleur émeraude, ou le Lac de Nino et ses pozzines, qui prennent des airs de Connemara irlandais posé en pleine Méditerranée. Marcher le GR20, c’est vivre ces deux ambiances à la suite, et beaucoup en gardent un faible pour l’une ou pour l’autre.

Et le plus difficile d’Europe ?

C’est l’autre grande réputation du GR20, et là encore il faut nuancer. Oui, c’est un vrai défi. Mais dans de bonnes conditions, il n’est guère plus difficile qu’un Tour du Mont-Blanc ou qu’un GR10 dans les Pyrénées. Ce qui le rend exigeant, ce n’est pas une difficulté unique, c’est l’accumulation : une météo très changeante, des étapes nord techniques où l’on met parfois les mains, l’enchaînement de nuits courtes et la fatigue qui s’installe au fil des jours. Bien préparé et bien accompagné, il reste tout à fait accessible à un randonneur motivé. En clair, sa difficulté est réelle mais elle se dompte : elle sanctionne l’impréparation bien plus que le niveau. J’en dis plus dans l’article sur le GR20 seul ou accompagné, où je démêle le vrai du fantasme.

Un dernier mot

Comme dans toute randonnée alpine, la beauté ne dispense jamais de vigilance. Flânerie, étourderie et éboulis forment le trio qui transforme un beau paysage en mauvaise chute. Levez les yeux pour admirer, mais posez-les régulièrement sur vos pieds. Nom hérité de l’histoire, beauté qui se mérite, difficulté qui se prépare : voilà, sans légende, ce qu’est vraiment le GR20.

Pour préparer concrètement votre traversée, lisez les 16 étapes, quand partir et le budget.