Chaque année, environ 20 000 randonneurs s’élancent sur le GR20, et seulement la moitié le termine. Les dix mille autres renoncent, presque toujours pour trois raisons : un manque de préparation, une blessure, ou un manque de temps sur le parcours. Autrement dit, avant même de parler matériel ou refuges, il y a une question qui décide de tout : combien de temps avez-vous devant vous, et dans quelle forme êtes-vous ? La préparation ne se dose pas de la même façon selon que vous visez la traversée du GR20 contemplative ou le défi chronométré. Voici comment je vois les choses, selon le rythme que vous choisissez.

Le GR20 en 15 jours : la version sereine

Si vous prévoyez deux semaines, pas besoin d’un entraînement titanesque. Une bonne condition physique générale suffit, à condition d’écouter votre corps tout au long du parcours. Une étape par jour laisse le temps de contempler, de discuter avec les autres marcheurs, de vous baigner dans les vasques et de faire de longues pauses dans les bergeries pour goûter la cuisine corse. C’est le rythme que je recommande pour une première traversée, celui qui transforme le GR20 en souvenir plutôt qu’en épreuve. Marchez régulièrement dans les mois qui précèdent, habituez vos épaules à porter un sac chargé sur plusieurs heures, et vous aborderez la Corse sereinement. Le vrai piège, sur ce format, n’est pas le manque de forme, c’est la fatigue qui s’accumule nuit après nuit : entre les dortoirs bruyants et les journées enchaînées, ménagez-vous de vraies pauses.

En 11 jours ou moins : il faut doubler

Boucler le GR20 en onze jours ou moins impose de doubler certaines étapes, donc de marcher davantage chaque jour, souvent huit à onze heures. Là, l’endurance devient primordiale. Je conseille de préparer ses jambes plusieurs mois à l’avance : enchaîner des randonnées longues de 40 kilomètres pour être à l’aise sur les étapes doublées d’une trentaine de bornes, s’entraîner en terrain chaotique fait d’éboulis et de cailloux pour ne pas les découvrir en Corse, et accumuler des sorties avec plus de 2 000 mètres de dénivelé positif pour habituer les jambes et surtout les pieds à cette pression. Sur les portions les plus coriaces du nord, on avance parfois à un kilomètre à l’heure seulement : il faut l’avoir en tête pour ne pas se laisser surprendre par la longueur réelle des journées.

Concrètement, doubler veut souvent dire relier deux refuges d’affilée là où la plupart des marcheurs s’arrêtent au premier. Sur le papier, c’est deux fois moins de nuits ; sur le terrain, c’est deux fois plus d’exigence, et la moindre douleur à un genou ou à un pied se paie cash le lendemain. Doubler ne s’improvise pas, c’est un choix qui se prépare au fil des mois, pas la veille du départ.

En 7, 5 ou 3 jours : le terrain du défi

Les plus sportifs bouclent le GR20 en sept jours, cinq, parfois trois. Là, l’objectif n’est plus la contemplation mais la performance, avec un entraînement digne de l’ultra-trail et un sac ultraléger qui dépasse rarement deux kilos : une gourde d’un litre, une protection contre la pluie, l’essentiel et rien d’autre. On est loin des sacs de randonnée classiques qui peuvent grimper jusqu’à 18 kilos une fois chargés. À titre de repère, les records tournent autour de 30 à 36 heures : chez les hommes, Lambert Santelli l’a parcouru en 30h25 en juin 2021, et chez les femmes, Anne-Lise Rousset en 35h50 en juin 2022. Gardez en tête que ces champions n’étaient pas seuls, une équipe les accompagnait pour gérer les transitions et la récupération entre les tronçons. Même encadré, boucler le GR20 en moins de deux jours reste un exploit titanesque, à ne surtout pas viser pour une première fois.

Mes derniers conseils de préparation

Quel que soit votre rythme, la réussite se joue sur des détails que l’on néglige souvent. Vous allez enchaîner plusieurs journées consécutives de marche, avec le poids du sac, les différences d’altitude qui jouent sur la respiration, les petits maux du quotidien et le manque de sommeil. Deux réflexes changent tout pour les pieds, votre point faible numéro un : des chaussettes de randonnée propres, changées chaque jour, et une crème anti-ampoules type Nok appliquée quotidiennement, dès le matin. Si l’altitude vous coupe le souffle, ralentissez et multipliez les pauses, ce n’est pas une course. Si votre corps réclame du repos, offrez-lui une journée de récupération dans un refuge : un break bien placé vaut toujours mieux qu’un abandon. Et surtout, apprenez à connaître vos limites : il ne sert à rien de doubler ou tripler des étapes si vous n’êtes pas en mesure de repartir le lendemain. La meilleure préparation, c’est celle qui vous permet de terminer, pas d’aller vite un jour et d’abandonner le suivant. Pour affiner votre projet, jetez un œil au détail des 16 étapes, à quand partir et à tout le matériel et le sac à emporter.