Sur le GR20, votre matériel décide de vos journées avant même que vous ayez posé un pied sur le sentier. J’ai vu des marcheurs suréquipés renoncer au bout de trois étapes, laminés par des kilos qui ne servaient à rien, et d’autres, plus légers et mieux pensés, avaler les crêtes le sourire aux lèvres. La priorité absolue va au sac à dos et aux chaussures, c’est là qu’il ne faut jamais lésiner. Pour le reste, les magasins de sport et les applications de seconde main font parfaitement l’affaire. Voici la checklist que je recommande vraiment pour une traversée du GR20 en été, celle que je boucle moi-même avant de partir.

Les vêtements, par couches

En Corse l’été, on croit à la chaleur et on oublie qu’à 2 000 mètres le vent du matin coupe, et qu’un orage peut plaquer dix degrés sur les épaules en une demi-heure. La bonne réponse tient en un mot : les couches. On empile, on retire, on réajuste selon l’altitude et l’heure.

Ce que j’emporte : une veste et un pantalon imperméables, une polaire, une doudoune compressible bien chaude, trois t-shirts mérinos à manches courtes qui sèchent vite et ne sentent pas au bout de trois jours, un short et un pantalon convertible, un sous-vêtement thermique bas type collant réservé aux nuits, et trois caleçons ou culottes. Un petit truc qui change la vie dans un sac : un filet de rangement pour compartimenter les fringues, on retrouve tout sans tout vider. Côté accessoires, casquette, tour de cou et lunettes de soleil, car sur les dalles claires du Cinto la réverbération est redoutable.

Chaussures : trail ou randonnée ?

C’est la question que mes clients me posent le plus, et la seule décision qu’il ne faut pas rater. La réponse dépend du temps que vous comptez passer sur le sentier.

Pour un GR20 en sept jours ou moins, je recommande des chaussures de trail, légères et flexibles, qui laissent courir entre les blocs de pierre. Le revers, je l’ai vu de mes yeux : elles s’usent vite sur ce terrain qui déchire tout, leur espérance de vie est courte. Pour huit jours ou plus, partez sur des chaussures de randonnée à semelles épaisses, des rangers de l’armée font très bien le travail. Elles offrent un maintien qui tient la distance et vous n’aurez pas à les remplacer en cours de route. Dans les deux cas, un principe non négociable : rien de neuf au départ. Des chaussures qui n’ont pas fait leurs preuves sur vos pieds, c’est la promesse d’ampoules dès l’étape deux. Prévoyez trois paires de chaussettes de randonnée, une grosse chaussette de ski gardée propre uniquement pour dormir, et une paire de tongs pour la douche du soir.

Le sac à dos et le couchage

Le sac, c’est votre maison pour une à deux semaines. Comptez 50 litres si vous dormez en refuge sans tente, jusqu’à 70 litres en autonomie complète avec tente et matériel de camping, en sachant que la tente et le matériel de camping pèsent à eux seuls 1,5 à 2 kilos. Autour, voici la base : des bâtons télescopiques, une lampe frontale, une poche à eau de 2 litres doublée d’une gourde d’un litre avec des pastilles Micropur, un couteau suisse à fourchette intégrée, et un sac à viande pour protéger votre duvet. Pour le couchage, un sac de couchage confort 5 °C, une tente une ou deux places et un matelas gonflable si vous bivouaquez. Côté hygiène et soins, savon multi-usage biodégradable, serviette microfibre, et une trousse de premiers secours avec doliprane, baume musculaire et pansements pour ampoules.

Un mot sur un objet qu’on sous-estime toujours : la batterie externe. Sur le GR20, les prises en refuge sont rares et très convoitées, des centaines de randonneurs ont le même besoin que vous au même moment. Voir son téléphone s’éteindre quand il sert aussi de carte et d’appareil photo, c’est une petite angoisse qui s’évite pour cent grammes. Pensez aussi à un peu d’argent liquide : certains refuges ne vendent pas que de l’épicerie, ils dépannent en matériel le randonneur malchanceux.

La règle d’or du poids

Tout se résume à un chiffre : ne portez jamais plus de 20 % de votre poids. Au-delà, ce ne sont plus vos jambes qui marchent, c’est votre dos qui encaisse. Un bon sac repose sur les hanches grâce à la ceinture, jamais sur les épaules, avec un léger espace entre votre dos et le sac pour laisser respirer la transpiration. Servez-vous des poches extérieures et des sangles du dessus pour accrocher la tente ou le matelas et glisser les bâtons dans les passages d’escalade.

Les bâtons, justement, ne sont pas un gadget. Ils représentent environ 25 % d’énergie économisée dans les jambes, et vos pauvres genoux vous diront merci dans les descentes interminables du nord. Sortez-les de leur emballage avant la Corse et habituez-vous à leur cadence sur quelques sorties.

Les détails qui font la différence

Ce sont les petites choses qui sauvent une étape. Un grand sac poubelle, ou un sac plastique de 30 litres, glissé autour de votre duvet pendant que vous marchez : le jour où l’orage éclate, vous ne dormirez pas dans un sac trempé sous 4 °C. Trois épingles à linge accrochées au sac pour faire sécher un t-shirt au soleil en marchant. Des boules Quies, parce qu’un dortoir de refuge, la nuit, ça ronfle en chœur. Et quelques barres énergétiques pour les coups de moins bien entre deux refuges. Dernier rappel utile : sur le GR20, le camping sauvage est interdit sauf nécessité absolue, on dort en refuge, en tente louée ou avec sa propre tente sur les emplacements prévus.

Voilà l’essentiel. Le reste se peaufine à l’usage. Pour préparer la suite, lisez quand partir, l’eau et le ravitaillement et le budget. Et si vous voulez la checklist complète, poste par poste, à cocher avant chaque départ, elle est dans l’ebook gratuit « Réussir son GR Corse à 100 % ».