La question m’est posée à peu près toutes les trois semaines, et presque toujours de la même façon. On me demande si le chien peut venir, en précisant tout de suite qu’il est gentil, qu’il ne s’éloigne jamais, et qu’on peut le tenir en laisse si vraiment il le faut.

Je comprends la démarche. C’est aussi pour ça que la réponse surprend.

Dans la réserve naturelle, c’est non, même en laisse

La Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura couvre la crête au-dessus de chez nous, du Crêt de la Neige à la Croix du Reculet et bien au-delà. Sa réglementation est explicite : « Les chiens sont interdits et ce, même tenus en laisse ».

Quatre exceptions seulement. Les chiens de berger qui conduisent ou gardent un troupeau. Les chiens de secours. Les chiens de chasse, pendant la période de chasse uniquement. Et les chiens de traîneau, dans le cadre d’un plan de circulation qui leur est propre.

La laisse ne change donc rien. Ce n’est pas une règle de comportement, c’est une règle de présence.

Beaucoup de gens l’apprennent en arrivant au départ du sentier, et repartent. C’est dommage, parce qu’il y a de très belles randonnées à faire avec un chien à vingt minutes de là. J’y reviens plus bas.

Pourquoi une règle aussi stricte

Parce qu’un chien, même sage, même à côté de vous, n’est pas perçu comme un promeneur par les animaux qui vivent là.

L’hiver rend ça beaucoup plus grave qu’on ne l’imagine. Un chamois dépense environ six fois plus d’énergie pour marcher dans cinquante centimètres de neige que sur un terrain sec. S’il doit fuir dans ces conditions, c’est dix fois. Et si on ajoute un peu de pente, on arrive à soixante fois. Ces ordres de grandeur viennent d’une étude de Mattfeld, Geist et Moen, reprise dans les documents de formation sur le dérangement de la faune hivernale.

Le chevreuil est encore plus vulnérable. Vingt kilos, des pattes fines, aucune adaptation au déplacement sur la neige. Il s’enfonce, il s’épuise, et c’est en mars qu’on retrouve des individus attaqués par un renard qui, en temps normal, serait bien incapable d’en attraper un.

Le point que je trouve le plus parlant est celui-ci. Un chien se déplace mieux sur la neige que n’importe quel ongulé de nos montagnes. La poursuite, même sans intention de sa part, même sur deux cents mètres, est complètement déséquilibrée.

Et la fuite n’est pas le seul indicateur. Un animal qui vous regarde sans bouger est déjà en état d’alerte. Il ne se réalimentera pas tout de suite, et à cette saison, chaque heure sans manger se paie sur des réserves qui ne se reconstituent pas. J’en dis plus sur les espèces concernées dans mon article sur la faune et la flore de la Haute Chaîne du Jura.

Et les forêts d’altitude, plus au nord

Si vous montez vers le nord du massif, dans le département du Jura, un arrêté de protection de biotope révisé en 2019 protège cinq secteurs de forêts d’altitude, habitat du grand tétras : le Massacre, le Bois de Ban-Arobiers, le Risoux, la Haute-Joux et la Combe Noire.

Du 15 décembre au 30 juin, la pénétration y est interdite en dehors des itinéraires autorisés, cartographiés massif par massif, et l’introduction des chiens est strictement interdite. Du 1er juillet au 14 décembre, ils doivent être tenus en laisse ou attelés. Des arrêtés distincts couvrent d’autres secteurs dans le Doubs et dans l’Ain.

Ce sont deux réglementations distinctes, sur deux territoires distincts, qui arrivent à la même conclusion pour la même raison.

De l’autre côté, à La Dôle

La Dôle est en Suisse, dans le canton de Vaud, et se trouve dans un district franc fédéral. Les règles y sont différentes, mais pas plus permissives.

Dans les districts francs fédéraux vaudois, les chiens doivent être tenus en laisse toute l’année, avec des exceptions pour les chiens d’utilité, police, secours, conduite de troupeau et protection du bétail. Et en période d’enneigement, seuls les chemins balisés peuvent être empruntés. Les bases légales sont l’ordonnance fédérale concernant les districts francs fédéraux du 30 septembre 1991 et la loi cantonale sur la faune.

Autrement dit, votre chien peut monter à La Dôle en laisse, mais vous n’avez pas le droit de quitter le tracé balisé dès qu’il y a de la neige.

Ailleurs dans le Pays de Gex, ce que dit la loi française

En dehors des espaces protégés, marcher avec son chien reste libre, à trois conditions que peu de monde connaît précisément.

La laisse est obligatoire dans les bois et forêts du 15 avril au 30 juin, en dehors des allées forestières. C’est l’arrêté du 16 mars 1955, pris pour protéger les nichées au printemps. Une allée forestière s’entend largement, route, chemin ou sentier, y compris un GR, mais un pare-feu ou une limite de parcelle n’en est pas une.

Le reste de l’année, le chien doit rester sous contrôle direct. Le code rural considère qu’il est en état de divagation dès qu’il n’est plus sous la surveillance effective de son maître, qu’il est hors de portée de voix, ou qu’il s’éloigne de plus de cent mètres. Cent mètres, ce n’est pas beaucoup sur un alpage ouvert.

Et si le chien quête du gibier, même loin de vous, c’est le propriétaire qui répond de l’infraction.

Alors, où marcher avec son chien autour de Gex

La bonne nouvelle, c’est que la zone protégée est la crête, pas tout le Pays de Gex.

Les forêts de piémont, les chemins agricoles entre Gex et Divonne, les abords du lac, les sentiers de basse altitude côté plaine : tout cela reste ouvert, à condition de respecter la laisse de printemps et de garder son chien près de soi quand des troupeaux sont présents.

La règle simple que je donne aux gens qui me posent la question : plus vous montez, plus c’est réglementé. En bas, c’est une question de bon sens et de saison. En haut, c’est une interdiction pure et simple.

Et sur mes sorties

Autant le dire clairement, parce que la question revient toujours à la fin : je n’accepte pas les chiens sur les sorties WhyTrek, ni les collectives ni les privatisées.

Ce n’est pas une position de principe. J’en croise avec plaisir le reste du temps. C’est que la plupart de mes itinéraires passent dans la réserve ou à sa limite, où la règle ne dépend pas de moi. Et sur les autres, un groupe qui marche ensemble pendant quatre heures avec un chien qui ne connaît personne, ça déplace le rythme, ça redistribue les places, et ça mobilise une attention que je préfère garder pour le groupe.

Je préfère le dire au moment de la réservation plutôt que sur le parking.

Comment vérifier avant de partir

Les limites de la réserve naturelle ne sont pas toujours signalées au départ des sentiers, et un même itinéraire peut entrer et sortir de la zone protégée.

Le plus fiable est de regarder la cartographie officielle sur le Géoportail, qui affiche les espaces protégés, ou de consulter la page des interdits de la réserve avant de choisir son itinéraire. En cas de doute sur une sortie précise, vous pouvez aussi m’écrire, je regarde avec vous.

Et si vous cherchez une sortie encadrée sur la Haute Chaîne, elles sont toutes sur la page Nos randonnées.

Vous voulez vérifier ce que vous avez retenu ?

Le chien n’est qu’un chapitre de la réglementation qui s’applique dès qu’on marche en milieu naturel. Ce que dit la loi quand vous marchez reprend le sujet en trente-deux questions, de la laisse en forêt au feu à deux cents mètres des bois. Sur ce que notre passage coûte réellement aux animaux, ce que coûte à un chamois le fait de vous croiser donne les chiffres. Et si c’est la faune qui vous intéresse, le quiz sur la faune du Jura en hiver explique ce que ces règles protègent.

Sources