Le meilleur matin d’hiver, ce n’est pas celui où il neige. C’est le surlendemain. La neige a pris, elle est encore fraîche en surface, et tout ce qui a bougé pendant deux nuits est écrit dessus. Un chemin forestier que vous connaissez par cœur devient soudain un registre : qui est passé, dans quel sens, en marchant ou en bondissant.

C’est l’activité la plus facile à faire avec des enfants en montagne, parce qu’elle ne demande ni matériel ni niveau. Juste de savoir quoi regarder.

Quand sortir, et où chercher

Le bon moment, c’est deux ou trois jours après un épisode neigeux ou pluvieux. Trop tôt, les traces sont effacées ou noyées. Trop tard, elles ont fondu et se sont élargies, et une empreinte élargie ment sur sa taille.

Les endroits qui rendent le plus sont les chemins et les sentiers, que les mammifères empruntent volontiers, les lisières et les coulées, qu’ils préfèrent à tout le reste, et les surfaces boueuses, berges de ruisseaux et bords de mares. Le manteau neigeux, lui, a un avantage que rien d’autre n’offre : il ne montre pas seulement l’empreinte, il montre aussi le pas, la voie et les allures.

Les trois familles, et rien d’autre à retenir au début

Toutes les empreintes au sol se rangent dans trois familles. Des sabots, ce sont les onguligrades : chevreuil, chamois, sanglier, cerf. Des pelotes, ce sont les digitigrades : renard, chien, chat, lynx, martre, blaireau. Des mains, ce sont les plantigrades : écureuil, lièvre, castor, hérisson.

Poser cette question en premier, sabots, pelotes ou mains, élimine les trois quarts des possibilités en deux secondes. C’est le seul réflexe à installer.

Mesurer, sans se raconter d’histoires

On mesure la plus grande longueur, griffes exclues, et la plus grande largeur. Et on garde en tête que la taille d’une empreinte varie selon le substrat, l’âge, le sexe et la taille de l’animal, sa vitesse et son allure. Elle oriente. Elle ne tranche jamais seule.

Si vous photographiez, posez une réglette à côté, ou à défaut un stylo, un trousseau de clés, un bouchon d’objectif. Une photo d’empreinte sans échelle ne sert à rien, et c’est l’erreur que tout le monde fait la première fois.

Les cinq empreintes qu’on croise vraiment ici

  • Le chevreuil. Deux doigts visibles, de même taille, bord arrondi, trois à cinq centimètres. Parfois quatre doigts si le sol est mou ou si l’animal court et saute : ce sont les gardes qui marquent derrière.
  • Le chamois. Deux doigts aussi, mais inégaux, et le bord est concave ou plat au lieu d’être arrondi. Forme triangulaire, environ six centimètres. C’est l’asymétrie qui tranche, pas la taille.
  • Le sanglier. Quatre doigts visibles, parfois deux, et une empreinte large de huit à douze centimètres. Impossible à confondre avec autre chose chez nous.
  • Le renard ou le chien. Quatre pelotes, griffes visibles, et un test qui les sépare : si une ligne tracée entre les deux pelotes latérales coupe nettement les pelotes centrales, c’est un chien. Si elle ne les coupe pas, c’est un renard.
  • Le lièvre. Pattes avant et arrière de même taille, poils visibles dans l’empreinte. Trois à trois virgule cinq centimètres sur quatre à cinq. Le lapin laisse la même chose en plus petit.

Le vocabulaire qui change tout

Trois mots, et vous lisez une histoire au lieu de lire une forme. Le pas, c’est la distance entre deux empreintes. La voie, c’est l’ensemble des quatre empreintes d’un même passage. Et la position respective de ces quatre empreintes donne l’allure : pas, trot, course, bond.

C’est là que ça devient intéressant avec des enfants. On ne dit plus « c’est un chevreuil ». On dit « c’est un chevreuil qui bondissait, et il allait par là ».

L’autre indice, celui que personne ne regarde

Les crottes confirment ce que l’empreinte suggère, et elles sont souvent plus lisibles. Quatre repères suffisent pour commencer.

  • Des grains de riz d’un à un virgule cinq centimètre, de plus de huit millimètres de diamètre, contenu végétal : chevreuil.
  • Une boule qui évoque l’aggloméré de bois, couleur paille, un peu comprimée en hiver : lièvre.
  • Une crotte arrondie à un bout, effilée à l’autre par des poils, cinq à dix centimètres : renard.
  • Des figues sèches collées les unes aux autres, sept à neuf centimètres : sanglier.

Deux précautions, à répéter aux enfants avant qu’ils ne s’en approchent. On ne touche pas à mains nues, à cause des risques de maladie. Et on ne sent pas, même si l’odeur est parfois un bon critère, à cause du risque de parasitisme. On regarde, on mesure, on photographie.

Une chose à ne pas faire

Suivre une piste jusqu’au bout. C’est tentant, et c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire en hiver. Au bout de la piste il y a un animal qui a déjà un bilan énergétique négatif, et qui va devoir fuir. J’ai détaillé ce que coûte réellement cette fuite dans ce que coûte à un chamois le fait de vous croiser : dans cinquante centimètres de neige, dix fois plus d’énergie qu’un déplacement normal, et soixante fois plus si ça monte.

On lit la trace, on la mesure, on la photographie, et on continue son chemin. C’est aussi ce qui fait la différence entre observer et déranger.

Pour s’entraîner avant de sortir

Le quiz traces et indices reprend tout cela en trente-deux questions, du sanglier au lynx, avec les réponses expliquées. Il se joue en cinq minutes par niveau, et c’est un bon moyen d’occuper la veille d’une sortie.

Toutes les clés citées ici sont rassemblées dans les clés de détermination à emporter, avec les liens de téléchargement. Sur le terrain, les sorties en famille sont le cadre le plus simple pour s’y mettre, et faune et flore de la Haute Chaîne du Jura présente les espèces qui laissent ces traces.

Sources

  • Clé de détermination « Traces et indices de vie, les empreintes », France Nature Environnement Haute-Savoie.
  • Clé de détermination simplifiée « Traces et indices de vie, les crottes », France Nature Environnement Haute-Savoie.
  • Livret d’apprentissage « Les difficultés de la faune en hiver », mallette Hiver sauvage, montagne en partage, pour les chiffres de dépense énergétique.